Excerpta Funebris - Spirit Of Metal

Cover Excerpta Funebris finale650.jpgSpirit Of Metal (Fr)

Malmort est un groupe qui porte plutôt bien son nom : fondé en 2003 à Chambéry, la formation, comptant notamment dans ses rangs l’ancien batteur de Nehemäh, fait petit à petit son trou sur la scène underground française en balançant un black particulièrement morbide, cru et dépouillé aux exhalaisons de charnier. Après un premier album en 2012 sorti sur Hass Weg Productions et bien accueilli par la scène underground malgré un manque de promotion évident, voici venir Excerpta Funebris, deuxième full length de la formation, qui distille un art particulièrement noir et opaque, loin de toutes tendances et effets de mode post black progressivo atmosphériques.


Las ! Mort qui t’a Fait Si Hardie nous cueille d’entrée avec ces grattes nauséeuses et tournoyantes, qui pendant presque 2,30 minutes, agonisent les mêmes riffs brumeux sur un rythme catatonique aux relents fétides de décomposition, rappelant les oscillations sinistres de la corde d’un pendu. Le ton est donné, noir, maladif et monochrome, Malmort ne s’embarrasse pas de claviers ou de voix claires, et se contente d’envoyer sept compos solides et bien troussées d’un true black traditionnel bien opaque et lugubre. Le tout est moins thrash qu’auparavant, plus rampant et insidieux, s’inscrivant largement dans la mouvance orthodoxe, servi par des tempi lents et pesants, des guitares grésillantes aux riffs tantôt lancinants et tranchants, une basse claquante et froide ainsi que des vocaux extrêmement secs et étranglés. D’ailleurs, la voix de Reicheran est assez particulière et contribue à créer une ambiance malsaine, même s’ils manquent de diversité et de puissance (à ce propos, écoutez l’interlude Moribundus, particulièrement dérangeant avec ces raclements de gorge glaireux semblant sortir d’un gosier décomposé. Certains trouveront cela grotesque, n’empêche que ces râles de mourant épousant les plaintes funèbres de la six cordes enveloppent le titre d’une aura morbide palpable). Le trio mise toujours énormément sur l’ambiance, très ésotérique et empreinte d’une spiritualité impie (Disciplinati), que trahissent la pochette ou les titres en latin par exemple, et que servent admirablement ces guitares froides et lancinantes et ces ralentissements de tempo angoissants.

Ceci dit, Malmort est encore capable de délivrer des attaques plus directes et percutantes, comme sur le début de Le Mege de Second Ordre avec ce riff simple et efficace et ce bon blast des familles qui fait toujours plaisir à entendre, ou encore le début du Gibet de Montfaucon qui nous noie sous un déluge de blasts, de basse grondante et de riffs à la fois épiques et glaciaux. Finalement, les tempos varient, et le tout forme un ensemble particulièrement opaque et habité de 52 minutes qui dégage une sincérité et une foi en l’art noir palpables.


Alors certes, non, Malmort n’a rien de très original, et à l’heure actuelle, il lui manque encore une réelle identité, peut-être un peu plus de puissance et d’intensité et surtout cette magie impalpable qui anime les Grands pour réellement faire la différence : le son est un peu trop sec et étouffé, et, d’une manière générale, les compos, toutes bonnes, ne parviennent pas à nous transcender et à nous plonger dans cette transe extatique qui doit nous soumettre à Sa volonté. Ceci dit, Excerpta Funebris est indubitablement un deuxième album réussi, proposant une musique à la fois violente et immersive, à l’ambiance mortifère très soignée, et qui provient autant de l’âme que des tripes. Si cette réalisation ne changera pas le petit monde du black metal, personne ne pourra mettre en doute la dévotion de Malmort à un art qu’il se contente de servir avec respect, humilité et honneur (à ce propos, je vous laisse découvrir la reprise cachée, qui montre bien s’il en était besoin les influences true black du groupe). Finalement, tant que des gardiens comme Malmort seront là pour veiller sur le Temple, la flamme noire continuera de brûler fièrement et de guider les fidèles dans la nuit, et après tout, c’est peut-être bien tout ce qui importe vraiment.

14/20
Icare